11 06 2016

Le cèdre, arbre caché de la parfumerie


 

parfums

Longtemps, l’essence de cèdre n’a guère fait parler d’elle. Le retour des fragrances boisées pour hommes et femmes gomme cette injustice et met le conifère en majesté.

Sans forcément le savoir, vous connaissez tous l’odeur du cèdre : celle du crayon à papier que l’on taille – un souvenir d’enfant. C’est aussi l’atmosphère d’une scierie, avec ses résidus de bois. Il s’agit là principalement d’espèces originaires du Texas et de Virginie, et qui appartiennent à la famille des cyprès. Ne les confondez pas avec le cèdre de l’Atlas, présent au ­Maroc et dans une partie du bassin méditerranéen, apparenté au pin : l’arbre qui flotte sur le drapeau du Liban en est un spécimen éloquent. Le parfum de ce dernier diffère de celui de son cousin américain, plus animal et cuiré. Pour le sentir, il suffit d’ouvrir une boîte à bijoux chinée dans un souk marocain. Vous suivez  ?

Car il existe aussi une troisième catégorie, appelée cèdre feuille (et cèdre blanc au Canada), exploitée elle aussi en parfumerie pour ses inflexions aromatiques et que les naturopathes connaissent parfaitement pour ses vertus curatives – elle fut le salut de l’équipage du capitaine Jacques Cartier, atteint du scorbut et coincé dans l’hiver impitoyable du Québec, au début du XVIe siècle. Au fil de l’histoire, la plupart des civilisations ont utilisé ce grand arbre pour leurs constructions, grâce à ses qualités imputrescibles et à sa longévité extraordinaire (il peut vivre jusqu’à trois mille ans). Autant de critères qui ont tissé sa légende, le cèdre figurant en bonne place dans les textes des trois religions monothéistes.

Le plus pauvre des bois

L’huile essentielle de cèdre existe dans la palette des nez depuis toujours, même si la parfumerie du siècle dernier préférait se gargariser du crémeux du santal ou du fumé du vétiver. «  C’est un produit bon marché, donc moins noble pour construire une image de luxe et, pourtant, on y a recours souvent  ! reconnaît la parfumeuse Françoise Caron, désormais à la retraite (auteur notamment de l’Eau d’Orange Verte ­d’Hermès). Sa nervosité donne de la tenue et du fusant à n’importe quel parfum, contrairement au santal, qui est plus pesant. Je viens d’en glisser dans l’Élixir du Dr. Flair d’Astier de Villatte, une Cologne conçue à la manière d’une vieille recette médicinale où le bois prolonge la fraîcheur des aromates. C’est léger, revigorant.  »

Ici dans une Cologne, là en fond dans une eau de toilette… En fait, sans dire son nom, le cèdre plonge ses racines au cœur de la parfumerie féminine comme masculine. «  C’est simple, sans lui, nous ne pourrions pas fabriquer la moitié des parfums actuels, souligne le nez François Demachy chez Dior. Outre son emploi direct, cette matière est le point de départ d’une foule de notes boisées utilisées ailleurs.  » Comprendre que la source naturelle sert à fabriquer de nombreuses molécules synthétiques, exploitées à profusion en savonnerie et dans les senteurs d’intérieur.

En 1992, coup de génie. Serge Lutens, avec Féminité du Bois, compose une ode au conifère  : l’essence y est travaillée en overdose, couplée aux bois de synthèse pour amplifier son effet et enjolivée de rose et de prune liquoreuse. L’esthète touche-à-tout décide de ne plus taire un ingrédient peu coûteux ni ses dérivés synthétiques. La démarche inspire. 2001 voit naître un autre gros succès autour du cèdre, avec le féminin Light Blue de Dolce & Gabbana. Décliné cet été autour des fleurs blanches solaires (Light Blue Love in Capri), ce boisé fruité reste peu connu en France mais il figure toujours dans le top cinq des ventes de nombreux pays, États-Unis en tête.

Une musique douce

Ainsi, les marques n’écrivent toujours pas son nom sur les flacons mais emploient le cèdre en majesté dans leurs compositions. En 2006, c’est une qualité de l’Atlas que le parfumeur Jean-Claude Ellena sélectionne dans Terre d’Hermès, pour «  sa verticalité tel un piquet planté dans la terre, avec aussi une odeur d’argile mouillée et de corps après l’amour  ». Cette création caracole depuis sa sortie en tête des ventes, et a influencé depuis de nombreux sent-bon de garçons sur le même thème. Les griffes le marient aussi bien aux accords floraux qu’aux notes orientales, où sa musique douce et rémanente trouve un bel écho. «  L’Eau de Parfum Dior Homme Intense est une version plus suave de l’iris poudré initial grâce au cèdre de Virginie allié à de la vanille et de la fève tonka. Ce bois leur offre une charpente très élégante  », commente François Demachy qui l’a également décliné dans la nouvelle Cologne d’Aqua di Parma, Cedro di Taormina.

Masculin et féminin, cheap et chic, rassurant et moderne… Le cèdre avait de quoi plaire au label de parfums de niche Byredo, qui dévoile pour le printemps Super Cedar, un jus unisexe et piquant qui sent l’armoise et la térébenthine mais aussi la rose et le vétiver. «  J’ai utilisé une qualité extra, en ne prenant qu’une fraction de son odeur, afin de créer presque un nouveau bois, explique le parfumeur du projet, Jérôme Épinette (Robertet). La mise en avant de cet ingrédient – jusque dans le nom du parfum – correspond à nos envies actuelles de nature et de monoproduit, simple mais magnifié, exactement comme on l’observe en gastronomie.  » L’arbre majestueux du temple de Salomon, symbole d’immortalité, semble bien parti pour durer aussi sur nos étagères de beauté.

Source: http://madame.lefigaro.fr/

 
 
 
 
 
 
 

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

F A C E B O O K