5 07 2017

Chloé dans l’œil de Guy Bourdin


 

 

La griffe fondée par Gaby Aghion inaugure, à Paris, sa Maison, abritant 65 ans d’archives, ainsi qu’une exposition du photographe français mettant en scène cette mode légère et audacieuse.

«Faire découvrir l’univers de Chloé et son histoire, explique Geoffroy de la Bourdonnaye, président de la marque (propriété du groupe Richemont) au sujet de cette inauguration. Un lieu ouvert à tous, en mouvement, un cadre pour nous exprimer et abriter nos archives.» Le bâtiment, un hôtel particulier haussmannien à l’angle de l’avenue Percier et de la rue de la Baume (Paris VIIIe), à quelques centaines de mètres du parc Monceau, est en restauration depuis plus d’un an.

La griffe, fondée par Gaby Aghion en 1952, s’étale sur cinq étages, dont trois accessibles au public, gratuitement (le département des archives, créé en 2011, occupe les deux derniers). Il suffit de prendre rendez-vous sur le site de la maison et choisir l’une des six visites guidées quotidiennes. À cette occasion, Chloé dévoile « Femininities », une remarquable sélection d’une quarantaine de clichés de Guy Bourdin, l’artiste disparu en 1991, qui a le plus photographié ses collections.

« L’humour noir typique de l’après-guerre »

La mode fraîche et insouciante de Chloé shootée par le transgressif Guy Bourdin a de quoi surprendre. Pourtant, la Parisienne sans fards, cheveux au vent, rieuse et libre, qui personnifie la marque, gagne en force devant son objectif… Au fil de l’accrochage, elle joue les soubrettes aux lèvres laquées, les divas alanguies ou les « jolie madame » en tailleur sur le quai du métro Barbès-Rochechouart. Éditions originales de Vogue, tirages extralarges, planches de travail : toutes ces images sont tirées de séries de mode du magazine français, de 1956 à 1986. Car l’une des spécificités de Bourdin est de n’avoir jamais exposé ou publié son travail (il refusait d’ailleurs de le vendre, qu’importe le prix proposé). Seule la presse trouvait grâce à ses yeux ; il maîtrisait la chaîne de production du début à la fin.

Du papier glacé à la 3D, le parcours est ponctué d’une dizaine de Stockman présentant les robes originales, principalement signées de Karl Lagerfeld, styliste de Chloé de 1964 à 1983. «Guy connaissait très bien Karl Lagerfeld, mais aussi Azzedine Alaïa et Yves Saint Laurent, se souvient Alexis Stroukoff, un grand ami de Bourdin, photographe et directeur artistique de Vogue Paris dans les années 1980. Mais il n’entretenait pas de relation intime avec les couturiers pour ne jamais leur être redevable. Il savait que la sympathie engendre une dépendance, d’une manière ou d’une autre. Et lui, il n’écoutait personne et engueulait tout le monde, ne faisait que ce qu’il voulait. Il dessinait ses photos, les cadrait tout seul et coupait directement dans le film. Et si vous n’écoutiez pas ses consignes, vous vous exposiez à de sacrées emmerdes ! Mais il montrait, à chaque fois, une image nouvelle. Personne n’était à la hauteur de Guy Bourdin. Même Helmut Newton disait de lui qu’il était le plus grand.»

Frédéric Arnal, directeur de la galerie Louise Alexander, qui représente en exclusivité l’artiste, veille à la véracité des informations circulant sur son compte. « Beaucoup de légendes courent sur son œuvre comme sur sa personnalité, dit le galeriste. On parle de violence, mais c’est de l’humour noir typique de l’après-guerre. Sa bibliothèque compte des livres sur Bacon, sur Balthus, des essais sur la criminologie, des recueils de poésie.» Tout cela ne serait-il qu’un jeu ? Des scènes de crime pour rire, des victimes consentantes gisant dans des flaques de vernis à ongles, orchestrées sans cruauté ? «On entend toutes sortes de choses à propos du travail de Guy Bourdin, analyse Judith Clark, commissaire d’exposition. Mais nous n’avons pas souhaité en faire écho. Il est intéressant de comprendre que les vêtements qu’il sélectionnait constituaient un élément de sa mise en scène comme un morceau choisi de son décor. Chaque photo raconte sa propre histoire, nourrie de références d’une richesse inouïe. Il invite le lecteur à s’y plonger.» Aucun de ces clichés n’est une publicité commandée par Chloé : Bourdin décidait, encore une fois, de tout.

Les créations de Karl Lagerfeld

« Les filles Chloé changent en fonction de l’air du temps mais leurs valeurs, elles, restent immuables, poursuit Geoffroy de la Bourdonnaye. Avec Bourdin, elles ne jouent pas la carte du naturel – bien qu’il leur donne une douceur plutôt inhabituelle dans son répertoire – et nous avons souhaité exprimer cette tension. Les artistes font ce qu’ils veulent, ils interprètent librement notre griffe.»

Qu’en penserait Gaby Aghion ? L’audacieuse fondatrice, débarquée d’Alexandrie après la guerre et décédée en 2014, n’a jamais répondu à une interview. Mais Judith Clark l’assure : elle se piquait de découvrir les différentes interprétations que les photographes montraient de son prêt-à-porter. «Gaby Aghion se réjouissait de voir ses vêtements dans l’œil d’un autre car elle n’avait pas l’intention de tout contrôler, confie-t-elle. Notamment les collections dessinées par Karl Lagerfeld dont elle était très proche. Ainsi, sa marque vivait sa vie, c’est ce à quoi elle aspirait.»

1300 pièces et des trésors

La commissaire d’exposition était déjà aux manettes de « Attitudes », la rétrospective marquant le soixantième anniversaire de la maison, au Palais de Tokyo à Paris, en 2012. Aujourd’hui, elle scénographie également l’espace, patrimonial à l’entresol de l’hôtel particulier. Cette « Chloé Girls Room, Anthology A-Z » est organisée comme l’aimait Gaby Aghion, en suivant les lettres de l’alphabet. Par exemple, à B, le tee-shirt Banana de la styliste Stella McCartney (1997-2001), à M comme musique, la robe guitare de Karl Lagerfeld, mais aussi des souvenirs d’enfance, des objets… Et, bien sûr, les créations des designers qui ont officié pour la marque, dont Phoebe Philo (2001-2006), Hannah MacGibbon (2008-2011) et Clare Waight Keller (2011-2017). Nommée en mars dernier, la nouvelle directrice artistique, Natacha Ramsay-Levi, a écrit quelques mots sur les murs. Sa première collection sera dévoilée en octobre prochain, lors de la Fashion Week parisienne… Probablement rue de la Baume.

La jeunesse occupe une place à part dans le cœur de Chloé
Geoffroy de la Bourdonnaye, président de Chloé
« Les archives ont été constituées en un temps record et rassemblent à présent 1300 pièces, continue Judith Clark. Elles contiennent des trésors qu’il convenait de montrer avec légèreté et, à la fois, d’une façon plus expérimentale.» Les visiteurs repartiront avec le catalogue de l’exposition, format Vogue Paris des années 1960. Les étudiants en école de mode auront, eux, la chance d’accéder aux archives privées sur simple demande. Car la jeunesse occupe une place à part dans le cœur de Chloé, elle qui inspirait l’attitude chère à la fondatrice. «Gaby ne voulait pas incarner sa marque, conclut Geoffroy de la Bourdonnaye. La jeunesse était au cœur de tout. D’ailleurs, même si ce n’est pas la motivation de sa fondatrice pour le choix du nom, Chloé veut dire “jeune pousse” en grec.»

Exposition « Femininities », Maison Chloé, 28, rue de la Baume (Paris, VIIIe), ouverture le 4 juillet, sur réservation uniquement.

Le défilé Chloé automne-hiver 2017-2018 en images

Source: http://madame.lefigaro.fr

 
 
 
 
 
 
 

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